Image générée avec Runway, illustrant une des scenes de "La guerre eternelle"

Guerre et paix éternelle de Joe Haldeman : quand la réalité rattrape… quelque peu… la fiction.

Dans un futur, pas si lointain, quand la guerre ne connait ni fin ni frontière, Joe Haldeman, nous offre une fresque intergalactique troublante. “Guerre et paix éternelles”, résonne aujourd’hui comme un avertissement pour notre civilisation d’homo numéricus.

En 1975, Joe Haldeman, tout juste revenu du Vietnam, publie “La guerre éternelle”. Ce roman de science-fiction devient immédiatement un classique en remportant en 1975 le prix Nebula puis en 1976 le prix Hugo. C’est la reconnaissance, non seulement de son habileté littéraire, mais aussi de sa critique, sans concession, de la guerre. Fils de militaire, Joe Haldeman n’était pas destiné à embrasser la carrière des armes. C’est pourtant dans la jungle Vietnamienne, armé d’une pelle plutôt que d’un fusil – dont il a toujours refusé de se servir — qu’il découvre l’absurdité et la violence des conflits. C’est cette expérience personnelle qui nourrit son œuvre et la richesse de son récit.

Étranger en sa demeure.

Image générée avec Runway illustrant une des scènes de "La guerre éternelle"
Image générée avec Runway illustrant une des scènes de « La guerre éternelle »

Avec son personnage principal, William Mandella (présent dans La Guerre éternelle et La Liberté éternelle), Haldeman nous plonge dans une guerre interstellaire contre un ennemi quasi inconnu, les Taurans. On ne sait ni comment ni pourquoi la première altercation a eu lieu, et les humains ignorent tout de leurs adversaires. Les combats, eux, s’étirent sur des siècles, dû à la dilatation temporelle des voyages à la vitesse de la lumière. Chaque mission de quelques mois de Mandella, durent en fait plusieurs décennies pour les humains restés sur terre, en cause : La relativité. 

Cet état de fait rend le protagoniste principal, un étranger dans son propre monde. À chaque retour, il découvre une Terre qu’il ne reconnait plus, une société qui évolue sans lui. Haldeman, utilise cette distorsion temporelle comme une métaphore de l’aliénation des soldats, un écart émotionnel et psychologique que nombre de vétérans ressentent lorsqu’ils reviennent dans leur pays. À chaque mission, la paix devient de plus en plus une illusion et la réalité un point de vue de l’esprit ou du temps…

L’uniformisation contre la promesse de la stabilité et de la sécurité

Image générée avec Runway, illustrant une des scene de "La libertée eternelle" sur la planete Majeure.
Image générée avec Runway, illustrant une des scene de « La libertée eternelle » sur la planete Majeure.

Dans “La liberté éternelle”, second volet du cycle, Joe Haldeman décrit une société où l’individualité est étouffée au nom de la paix et de la stabilité. Les humains ne naissent plus, ils sont créés en éprouvette et génétiquement, quasi identique, partageant une conscience collective, effaçant toute singularité ou diversité culturelle. Cette société “pacifiée” impose un modèle unique et entraine la disparition du libre arbitre et des libertés individuelles au nom du bien commun. Haldeman dénonce ainsi une paix aliénante obtenue au prix de l’humanité elle-même.

La technologie au service de la déshumanisation.

Dans “La paix éternelle”, Haldeman nous transporte en 2043, une date étrangement familière. Dans ce futur, la guerre est régie par la technologie, et les soldats, restés aux États-Unis, contrôlent des « petits-soldats » – robots quasi indestructibles – via des connexions haptiques1. Déconnectés du champ de bataille, ces soldats n’expérimentent plus la réalité crue et brutale du combat, réduisant la guerre à un simple geste, une routine, facilement oubliée. Et l’oublie est d’autant plus simple qu’il peut être provoqué par un effacement de donnée directement dans le cerveau grâce à sa connexion haptique. En un clic, l’horreur est pardonnée, oubliée ! 

La réflexion que nous propose Haldeman est extrêmement actuelle et nous fait immédiatement penser à des projets modernes de connexions cerveau-machine, comme ceux de Neuralink, d’Elon Musk. 
Jusqu’où cette fusion entre l’homme et la machine peut-elle aller sans nous dépouiller de notre humanité ? En quête de puissance et d’efficacité, ne risquons-nous pas de perdre ce qui nous rend humains, sacrifiant notre âme, notre humanité sur l’autel du progrès technologique et de l’efficacité économique ?

Image générée avec Runway pour illustrer Julian Class personnage principal de "La paix eternelle" de Joe Haldeman.
Image générée avec Runway pour illustrer Julian Class personnage principal de « La paix eternelle ».

Une œuvre qui retentit comme une sirène d’alarme pour notre époque.

Près de cinquante ans après la publication du premier volume de cette fresque magistrale, “La guerre éternelle”, “Guerre et paix éternelles” est plus que jamais d’actualité. Les dilemmes soulevés par Haldeman – contrôle technologique, guerre sans fin et sacrifice des singularités individuelles – font échos à des enjeux tout à fait contemporains.
À l’ère des drones de guerre, des interfaces homme-machine et du transhumanisme, le monde qu’il décrit semble étrangement familier. Haldeman anticipe notre époque, où la guerre, même à distance, continue de déshumaniser les soldats, et où la technologie, loin de libérer, enferme l’individu dans un modèle imposé.

En nous confrontant aux ravages d’une société dominée par la technologie et les idéologies militaristes, Joe Haldeman ne nous met-il pas en garde contre nos propres désirs ? Une sécurité qui aliène, des ambitions hégémoniques qui dévorent l’âme… “Guerre et Paix éternelles” fait résonner l’absurdité de nos sociétés contemporaines. Ce miroir anamorphosé, mais visionnaire, nous interroge : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour une illusion de sécurité, pour gagner, pour diriger, que sommes-nous prêts à perdre ? Un livre à lire, sans aucun doute. À découvrir aux éditions Mnémo (recueil incluant deux nouvelles complétant le cycle).

  1. Ici, cette science est poussée à son paroxysme, avec un câble connecté au cerveau des soldats leur permettant de ressentir ce que fait leur robot, mais également d’être immergé dans les pensées et sensation du reste de leur peloton. ↩︎

Merci à Stéphane Damant pour les conseils et la relecture et Coline Irwin pour l’édition.

Sources de l’article :

Capture d'écran du site "Le point Pop". Lien vers une source de l'article
Capture d'écran du site des éditions Mnémos. Lien vers une des sources de l'article
Capture d'écran du site le lombard. Lien vers une des sources de l'article.

Pour aller plus loin :

Capture d'écran du site de France culture. Lien vers une source complémentaire pour aller plus loin sur les thématiques Technologiques et guerres développées dans l'article.
Capture d'écran du site de philosophie magazine. Lien vers une source complémentaire pour aller plus loin sur les thématiques Technologiques et guerres développées dans l'article.
Capture d'écran du site du national géographique. Lien vers une source complémentaire pour aller plus loin sur les thématiques Technologiques et guerres développées dans l'article.

Dominique Chion

Dominique Chion est diplômé d’un master en génie informatique. Depuis 20 ans, il travaille dans le domaine du développement logiciel, notamment pour la Radio Télévision Suisse et l‘European Broadcast Union. Dominique aime faire découvrir les métiers liés aux codes aux enfants. Il participe régulièrement à Devoxx4kids en Suisse pour animer des ateliers autour de Thymio, CodeCombat et HTML.
Passionné par le partage des connaissances, Dominique conçoit des ateliers interactifs et créatifs pour inspirer la prochaine génération de développeurs. Son engagement envers l’éducation et sa passion pour le codage font de lui un mentor influent pour les jeunes et les amateurs de programmation en Suisse et au-delà.

Atelier IA et serious game #EMI

Création de serious-game et d’histoire interactive avec l’aide de l’IA – Atelier EMI

Durée : 5 jours (vacances scolaires de novembre, février ou Pâques) / ou en séance de 2 heures tout au long de l’année.
Public Cible : À partir de 12 ans / adultes
Pré-requis : Savoir se servir d’Internet, aimer jouer (jeux de plateau, livres dont vous êtes le héros, jeux vidéo)
Matériel Nécessaire : Chaque participant doit apporter un ordinateur portable. Si un participant n’en possède pas, il doit prévenir l’association à l’avance pour qu’un ordinateur puisse être fourni.

Notre Partenaire pour cet atelier : obatalaprod (01)
Pour les inscriptions et les renseignements :
452 rue de la Pélissière – 01300 Belley
obatalaprod.com@gmail.com
06 66 03 19 19

Cet atelier propose aux participants de concevoir un serious-game ou une histoire interactive en utilisant des outils numériques et l’intelligence artificielle pour enrichir le développement narratif ou visuel. Modulable selon les besoins, il peut être organisé sur cinq jours consécutifs pendant les vacances scolaires ou réparti sur l’année en médiathèque, en école ou dans d’autres structures. Les participants apprendront à utiliser Twine, un outil open source dédié à la création de récits non linéaires, ainsi que des technologies d’IA pour générer dialogues, scénarios ou des visuels. L’atelier inclut également des discussions sur l’éthique de ces outils, l’usage d’internet et le jeu comme outil d’apprentissage. Adapté à ceux qui maîtrisent Internet et apprécient les jeux de plateau, les livres dont vous êtes le héros, ou les jeux vidéo, cet atelier favorise la créativité et la collaboration. Un ordinateur portable est nécessaire, avec possibilité de prêt sur demande préalable à l’association.