Olga Kravets lors de la rencontre au café de la place sur son exposition revenant de son premier séjour en tchétchénie à son installation dans le Bugey Sud

Résidence d’Olga Kravets : Finalisation du manuscrit « Plus de terreur qu’Allah »

Avant la création officielle de Story Milcats, Olga Kravets, journaliste et photojournaliste, a consacré une résidence à l’écriture de Plus de terreur qu’Allah. Cet ouvrage s’appuie sur les témoignages de sept Russes convertis à l’islam pour explorer la répression systémique dont ils sont victimes en Russie. Ces convertis, perçus comme des traîtres par le régime, subissent discriminations, tortures, et exils forcés.

À travers ces récits, Olga décrit une machine répressive qui cible d’abord les minorités avant de s’étendre à toute la société, un phénomène qu’elle rapproche de l’évolution de la Russie sous Vladimir Poutine. Elle analyse aussi les motivations spirituelles et les parcours variés de ses protagonistes, depuis un ancien nationaliste jusqu’à une militante pro-gouvernement devenue exilée.

Cette résidence a permis à Olga d’approfondir ses recherches et de finaliser son livre, publié après le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, révélant la continuité des mécanismes répressifs. Cette première résidence a posé les bases des engagements de Story Milcats : accompagner des récits ancrés dans le réel et porteurs de réflexion sur des enjeux contemporains.

Image générée avec Runway, illustrant une des scenes de "La guerre eternelle"

Guerre et paix éternelle de Joe Haldeman : quand la réalité rattrape… quelque peu… la fiction.

Dans un futur, pas si lointain, quand la guerre ne connait ni fin ni frontière, Joe Haldeman, nous offre une fresque intergalactique troublante. “Guerre et paix éternelles”, résonne aujourd’hui comme un avertissement pour notre civilisation d’homo numéricus.

En 1975, Joe Haldeman, tout juste revenu du Vietnam, publie “La guerre éternelle”. Ce roman de science-fiction devient immédiatement un classique en remportant en 1975 le prix Nebula puis en 1976 le prix Hugo. C’est la reconnaissance, non seulement de son habileté littéraire, mais aussi de sa critique, sans concession, de la guerre. Fils de militaire, Joe Haldeman n’était pas destiné à embrasser la carrière des armes. C’est pourtant dans la jungle Vietnamienne, armé d’une pelle plutôt que d’un fusil – dont il a toujours refusé de se servir — qu’il découvre l’absurdité et la violence des conflits. C’est cette expérience personnelle qui nourrit son œuvre et la richesse de son récit.

Étranger en sa demeure.

Image générée avec Runway illustrant une des scènes de "La guerre éternelle"
Image générée avec Runway illustrant une des scènes de « La guerre éternelle »

Avec son personnage principal, William Mandella (présent dans La Guerre éternelle et La Liberté éternelle), Haldeman nous plonge dans une guerre interstellaire contre un ennemi quasi inconnu, les Taurans. On ne sait ni comment ni pourquoi la première altercation a eu lieu, et les humains ignorent tout de leurs adversaires. Les combats, eux, s’étirent sur des siècles, dû à la dilatation temporelle des voyages à la vitesse de la lumière. Chaque mission de quelques mois de Mandella, durent en fait plusieurs décennies pour les humains restés sur terre, en cause : La relativité. 

Cet état de fait rend le protagoniste principal, un étranger dans son propre monde. À chaque retour, il découvre une Terre qu’il ne reconnait plus, une société qui évolue sans lui. Haldeman, utilise cette distorsion temporelle comme une métaphore de l’aliénation des soldats, un écart émotionnel et psychologique que nombre de vétérans ressentent lorsqu’ils reviennent dans leur pays. À chaque mission, la paix devient de plus en plus une illusion et la réalité un point de vue de l’esprit ou du temps…

L’uniformisation contre la promesse de la stabilité et de la sécurité

Image générée avec Runway, illustrant une des scene de "La libertée eternelle" sur la planete Majeure.
Image générée avec Runway, illustrant une des scene de « La libertée eternelle » sur la planete Majeure.

Dans “La liberté éternelle”, second volet du cycle, Joe Haldeman décrit une société où l’individualité est étouffée au nom de la paix et de la stabilité. Les humains ne naissent plus, ils sont créés en éprouvette et génétiquement, quasi identique, partageant une conscience collective, effaçant toute singularité ou diversité culturelle. Cette société “pacifiée” impose un modèle unique et entraine la disparition du libre arbitre et des libertés individuelles au nom du bien commun. Haldeman dénonce ainsi une paix aliénante obtenue au prix de l’humanité elle-même.

La technologie au service de la déshumanisation.

Dans “La paix éternelle”, Haldeman nous transporte en 2043, une date étrangement familière. Dans ce futur, la guerre est régie par la technologie, et les soldats, restés aux États-Unis, contrôlent des « petits-soldats » – robots quasi indestructibles – via des connexions haptiques1. Déconnectés du champ de bataille, ces soldats n’expérimentent plus la réalité crue et brutale du combat, réduisant la guerre à un simple geste, une routine, facilement oubliée. Et l’oublie est d’autant plus simple qu’il peut être provoqué par un effacement de donnée directement dans le cerveau grâce à sa connexion haptique. En un clic, l’horreur est pardonnée, oubliée ! 

La réflexion que nous propose Haldeman est extrêmement actuelle et nous fait immédiatement penser à des projets modernes de connexions cerveau-machine, comme ceux de Neuralink, d’Elon Musk. 
Jusqu’où cette fusion entre l’homme et la machine peut-elle aller sans nous dépouiller de notre humanité ? En quête de puissance et d’efficacité, ne risquons-nous pas de perdre ce qui nous rend humains, sacrifiant notre âme, notre humanité sur l’autel du progrès technologique et de l’efficacité économique ?

Image générée avec Runway pour illustrer Julian Class personnage principal de "La paix eternelle" de Joe Haldeman.
Image générée avec Runway pour illustrer Julian Class personnage principal de « La paix eternelle ».

Une œuvre qui retentit comme une sirène d’alarme pour notre époque.

Près de cinquante ans après la publication du premier volume de cette fresque magistrale, “La guerre éternelle”, “Guerre et paix éternelles” est plus que jamais d’actualité. Les dilemmes soulevés par Haldeman – contrôle technologique, guerre sans fin et sacrifice des singularités individuelles – font échos à des enjeux tout à fait contemporains.
À l’ère des drones de guerre, des interfaces homme-machine et du transhumanisme, le monde qu’il décrit semble étrangement familier. Haldeman anticipe notre époque, où la guerre, même à distance, continue de déshumaniser les soldats, et où la technologie, loin de libérer, enferme l’individu dans un modèle imposé.

En nous confrontant aux ravages d’une société dominée par la technologie et les idéologies militaristes, Joe Haldeman ne nous met-il pas en garde contre nos propres désirs ? Une sécurité qui aliène, des ambitions hégémoniques qui dévorent l’âme… “Guerre et Paix éternelles” fait résonner l’absurdité de nos sociétés contemporaines. Ce miroir anamorphosé, mais visionnaire, nous interroge : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour une illusion de sécurité, pour gagner, pour diriger, que sommes-nous prêts à perdre ? Un livre à lire, sans aucun doute. À découvrir aux éditions Mnémo (recueil incluant deux nouvelles complétant le cycle).

  1. Ici, cette science est poussée à son paroxysme, avec un câble connecté au cerveau des soldats leur permettant de ressentir ce que fait leur robot, mais également d’être immergé dans les pensées et sensation du reste de leur peloton. ↩︎

Merci à Stéphane Damant pour les conseils et la relecture et Coline Irwin pour l’édition.

Sources de l’article :

Capture d'écran du site "Le point Pop". Lien vers une source de l'article
Capture d'écran du site des éditions Mnémos. Lien vers une des sources de l'article
Capture d'écran du site le lombard. Lien vers une des sources de l'article.

Pour aller plus loin :

Capture d'écran du site de France culture. Lien vers une source complémentaire pour aller plus loin sur les thématiques Technologiques et guerres développées dans l'article.
Capture d'écran du site de philosophie magazine. Lien vers une source complémentaire pour aller plus loin sur les thématiques Technologiques et guerres développées dans l'article.
Capture d'écran du site du national géographique. Lien vers une source complémentaire pour aller plus loin sur les thématiques Technologiques et guerres développées dans l'article.